Nous avons rencontré Michaël Youn et Isabelle Funaro, à l'occasion de la sortie du film "Vive la France". Ils nous livrent leur analyse de la nouvelle réalisation de Michaël Youn.
Après avoir parodié le monde du rap dans Fatal, vous vous en prenez ici à une série d'autres clichés (sur le monde musulman, les Corses, etc.), qui semblent plus sensibles. N'avez-vous pas eu peur qu'on vous reproche d'en remettre une couche sur ces différents sujets ?
Michaël Youn : Non. Sur le monde musulman, il n'y a rien, parce que le Taboulistan est un pays imaginaire, où il n'y a pas de religion. C'est d'ailleurs plutôt une dictature issue de l'ex-bloc soviétique. En revanche, sur les Français, je ne me suis absolument pas limité. Je n'ai pas eu peur parce que ce n'est pas un regard cynique, c'est un regard amusé, bienveillant même s'il est un peu moqueur. Je pointe des petits travers qui existent, et dont les Français sont conscients, notamment sur les Corses, sur les Marseillais, sur l'administration, sur les taxis parisiens, sur les policiers... Maintenant, le plus dur dans ce film, c'est l'auto-dérision parce, vous, Belges, vous le savez, les Français n'en ont absolument pas.
Est-ce que vous diriez que, du coup, ce film est plus "politique" que Fatal ?
MY : Non, je ne fais pas de la politique. C'est un film avec du sens sur la France et les Français. C'est un film qui va vers la lumière, la vie, la réjouissance. Mais ça n'en fait pas un film politique ou à message. Ca reste quand même une grosse grosse bêtise d'une heure et demie.
Vous vous moquez de certains aspects de la France, mais les personnages s'y attachent. Finalement, pensez-vous donner, dans ce film, une bonne ou une mauvaise image de votre pays ?
MY : Il y a les deux. C'est une déclaration d'humour à la France. La conclusion de l'histoire aurait pu être : un peuple qui a construit d'aussi belles choses, qui mange d'aussi bonnes choses, qui a d'aussi belles femmes, ne peut pas être fondamentalement méchant et ne mérite donc pas qu'on l'explose. Je pense que le peuple français est un peuple solaire, qui a inventé beaucoup de choses, mais qui malheureusement le sait. On a inventé la liberté et on le sait, on habite un beau pays et on le sait... Et voilà, on est arrogants, frondeurs et râleurs.
C'est donc votre image de la France que vous avez peinte dans ce film ?
MY : C'est ma vision de la France. Elle est par moments un peu naïve, désuète. Sur du Charles Trenet, une nappe à carreaux, une bouteille de vin, de la charcuterie, de la famille, des amis, des gens qui se tapent dans le dos avant de jouer au rugby... C'est un peu "d'hier" mais tellement essentiel.
Isabelle Funaro, c'est une vision de la France que vous partagez ?
Isabelle Funaro : Oui, tout à fait. Autant pour les aspects égratignés, qu'on a tous pu vivre, que pour la beauté qui est décrite, les paysages, Paris... J'ai redécouvert la chance qu'on avait.
La trame du film ressemble à celle de Borat, réalisé par Larry Charles. Est-ce que ce film a été une réelle source d'inspiration ?
MY : C'est une question qui m'embête parce durant toute l'écriture et la réalisation, j'ai pensé qu'on allait me la poser et j'ai tenté de mettre le maximum de distance. Le gros point commun, c'est en fait le point de départ : le relativisme culturel. Mais il existe aussi dans Les visiteurs ou dans Les lettres persanes de Montesquieu... Concrètement, entre un journaliste du Kazakhstan qui part à la poursuite de Pamela Anderson et deux terroristes taboulis qui veulent crasher un avion sur la tour Eiffel et qui découvrent la France, il n'y a pas la même trame. Alors il y a des rapprochements volontaires : la moustache, le côté perdu au milieu de nulle part. Mais c'est un film sur la France, pas sur les États-Unis, donc on ne peut pas dire que c'est pareil.
Dans les vidéos du making of disponibles sur le site officiel du film, on a l'impression que vous vous êtes bien amusés sur le tournage...
IF : Ah oui, oui... Mais c'est beaucoup de travail, les journées étaient très chargées.
MY : Il faut beaucoup de sérieux pour faire des bêtises, en fait. Mais ça provoque beaucoup de plaisir. Évidemment, dans le making of, on n'a pas mis les moments de galère, parce qu'il y en a eu, mais il reflète bien l'ambiance qu'il y avait sur le tournage. D'ailleurs, je crois que parmi tous les films dans lesquels j'ai tourné, je n'ai jamais autant ri sur un tournage que sur celui-ci.
Isabelle Funaro, Michaël Youn a écrit le rôle de Marianne spécialement pour vous. Est-ce que, du coup, vous vous identifiez particulièrement à elle ?
IF : Je pense qu'il y a toujours une forme d'identification aux personnages qu'on interprète. Maintenant, j'ai été flattée, touchée. C'est un très beau cadeau. Je ne sais pas si un jour on pourra me refaire un cadeau comme celui-là. Quel beau rôle, quelle chance d'interpréter le rôle de Marianne ! Elle est géniale, libre dans sa tête, dans son corps, capable de tout, généreuse... Et puis, ce n'est pas pour rien qu'on l'a appelée comme ça, elle représente la France. Au final, j'aurais aimé être elle, mais je ne le suis pas, même si j'ai pris un malin plaisir à m'identifier à elle durant le tournage.
Pourtant, Muzafar et Feruz ne craquent pas vraiment sur elle...
MY : Si, ils craquent, mais pas au sens amoureux, parce que ça ne fait pas partie de leur champ émotionnel. Mais elle ouvre des vannes de plaisir chez eux, pour qu'ils profitent de la vie, eux qui sont toujours dans la contrainte, qui sont inutiles, sans perspective d'avenir, ce qui est d'ailleurs vraiment le terreau du terrorisme.
IF : Oui, ils craquent. En fait, ils tombent amoureux de la France à travers elle.
Les personnages interprètent plusieurs fois l'hymne du Taboulistan, mais il n'y a pas de chanson humoristique dans ce film. N'est-ce pas étonnant, étant donné votre goût pour ce registre ?
MY : Dans le film, il n'y avait pas de chanson prévue, mais il y a quand même de la musique, il y a la danse de la Tawa, qui nous a quand même pris du temps... Par contre, il y en avait une, normalement, qui devait accompagner la sortie du film, mais je n'ai pas eu le temps de la faire. Et puis, il ne faut pas systématiser les choses.
Comment avez-vous choisi José Garcia et Isabelle Funaro pour les rôles principaux ?
MY : Isabelle, je l'avais sous le coude à la maison, et on aime bien construire des choses ensemble, donc c'était une évidence. José, c'était une " évidence a posteriori ", alors qu'Isabelle était une évidence a priori. On a des énergies qui se complètent et qui vont dans la même direction. C'est clair qu'on va retravailler ensemble. On a un parcours qui est tellement proche, même si moi je n'ai pas eu la chance de travailler ni avec Jean-Jacques Annaud ni avec Costa-Gavras. Mais c'était vraiment Muzafar, même si au départ il devait camper Feruz et moi Muzafar, je me dis maintenant que je ne l'aurais pas fait aussi bien. Et puis, le rôle de Feruz m'a permis de mettre en avant une dimension plus tendre et naïve, qui existe en moi, et que j'avais pris l'habitude de cacher dans les films précédents.
N'hésitez pas à lire la critique du film.
Antoine Jacquet
Photo : ©Frédéric Andrieu
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