Peut-on se substituer à la justice lorsque l’on estime qu’elle ne protège plus suffisamment les victimes ? Avec Vigilante, le réalisateur belge Olivier Pairoux s’empare d’un phénomène bien réel pour questionner les dérives de l’autojustice à l’heure des réseaux sociaux. Pour son premier grand rôle au cinéma, Eddy de Pretto incarne Morville, un homme persuadé d’agir pour le bien.
Solitaire au passé compliqué, Morville est devenu « vigilante ». Convaincu que la police n’en fait pas assez contre la pédocriminalité en ligne, il se fait passer pour un enfant sur les réseaux sociaux afin de piéger des prédateurs et les exposer publiquement. Jusqu’au jour où l’un de ses amis, lui aussi vigilante, est violemment agressé. Morville décide alors de mener sa propre enquête, s’enfonçant dans une logique où la frontière entre justice et vengeance devient fragile.
Pour Olivier Pairoux, la pédocriminalité constitue le point de départ du récit, mais pas son véritable sujet. Vigilante interroge avant tout notre rapport à la justice : jusqu’où peut-on aller lorsque l’on pense que les institutions ont échoué ? Une cause aussi légitime que la protection des enfants peut-elle justifier que des citoyens s’arrogent les pouvoirs de la police et des tribunaux ?
Le réalisateur s’intéresse au phénomène depuis 2017, après avoir découvert dans un documentaire ces « chasseurs » de pédocriminels présumés. D’abord fasciné par ces sortes de « Batman modernes », il découvre rapidement les nombreuses dérives possibles. Car l’autojustice repose sur un paradoxe : celui qui veut réparer les défaillances du système peut finir par créer sa propre conception du bien et du mal.
Internet rend cette question plus brûlante encore. Une caméra et un compte sur les réseaux sociaux suffisent désormais pour enquêter, accuser et exposer quelqu’un au jugement de milliers de personnes. Le tribunal numérique peut alors précéder le tribunal réel, sans nécessairement s’embarrasser de preuves, de procédures ou de droit à la défense. Dans Vigilante, internet devient simultanément le terrain des prédateurs, de ceux qui les traquent, de la police et des journalistes.
Morville n’est pourtant pas présenté comme un simple justicier aveuglé par la vengeance. Ses intentions sont sincères, nourries par son histoire personnelle et son désir de protéger les autres. Mais « l’enfer est pavé de bonnes intentions », souligne Olivier Pairoux : à mesure qu’il agit, Morville commet des erreurs et doit affronter les conséquences de sa propre conception de la justice.
Avec Eddy de Pretto dans un premier grand rôle qui semble prolonger son goût pour les masculinités complexes, Vigilante pose finalement une question inconfortable : lorsque la confiance dans les institutions s’effrite, qui peut encore décider de ce qui est juste ?